Corps & symbolique

Mâchoire serrée et bruxisme : la colère que l'on ravale

Aurélie 7 min de lecture Juillet 2026

On dit « serrer les dents » quand on endure quelque chose sans se plaindre. Ce n'est pas un hasard si l'expression existe — c'est souvent exactement ce que fait la mâchoire : contenir ce que l'on n'ose pas exprimer. Comprendre cette tension, c'est commencer à lui offrir une autre issue que la douleur.

La mâchoire : le verrou de ce qu'on retient

La mâchoire est l'une des zones les plus innervées et les plus sensibles au stress du corps entier. Les muscles masséters — ces puissants muscles qui permettent de mâcher et de mordre — figurent parmi les muscles les plus forts du corps humain proportionnellement à leur taille. Et comme tous les muscles sous tension chronique, ils peuvent se contracter en permanence sans que nous en ayons pleinement conscience.

Le bruxisme — le fait de serrer ou de grincer des dents, souvent la nuit — touche une part significative de la population et tend à s'intensifier dans les périodes de stress. Ce n'est pas une maladie en soi, mais un signal : le système nerveux est surchargé, et le corps cherche à évacuer cette charge quelque part. La mâchoire, en s'activant la nuit quand le contrôle conscient relâche sa surveillance, devient l'exutoire involontaire d'une tension que la journée n'a pas réussi à dissoudre.

Si vous souffrez de bruxisme, il est utile d'en parler à votre dentiste, qui pourra évaluer l'usure des dents et proposer si nécessaire une gouttière de protection. Cette approche mécanique est complémentaire — mais elle ne s'attaque pas à la source de la tension. C'est là qu'une réflexion sur le plan émotionnel prend tout son sens.

Ce que la mâchoire contractée cherche à retenir

Dans la tradition de la thérapie somatique, la mâchoire est souvent associée à deux registres émotionnels distincts mais liés : la colère retenue et les mots non dits. Serrer les dents, c'est littéralement contenir quelque chose — un cri, une phrase, une limite qu'on n'a pas osé poser, une indignation qu'on a avalée pour préserver la paix ou parce qu'on n'avait pas l'espace pour l'exprimer.

La colère est une émotion particulièrement susceptible de se loger dans la mâchoire, parce qu'elle est l'une des émotions les plus difficiles à accueillir socialement. Dès l'enfance, beaucoup d'entre nous ont appris que la colère n'était pas bienvenue — qu'il fallait la contenir, la transformer, la taire. Le corps, lui, n'oublie pas. Ce qu'on ne s'autorise pas à exprimer cherche une autre voie de sortie — et les muscles de la mâchoire, dans leur force et leur discrétion, se prêtent bien à ce travail silencieux de contention.

Cela ne signifie pas que chaque mâchoire serrée cache une colère refoulée — les causes peuvent être diverses, incluant des facteurs posturaux ou des habitudes liées au stress. Mais il vaut la peine de se poser la question, avec une douce curiosité : y a-t-il quelque chose que je retiens, quelque chose que je n'ai pas encore trouvé l'espace de dire ou de ressentir ? Pour explorer une zone voisine de retenue, notre article sur le nœud dans la gorge offre un regard complémentaire utile.

« La mâchoire serrée dit : il y a quelque chose ici que je ne me suis pas encore permis d'exprimer. Pas une faiblesse — une prudence devenue habitude. »

L'hypnose pour relâcher ce qui est retenu

En état hypnotique, la mâchoire est souvent l'une des premières zones à relâcher — et ce relâchement peut être accompagné d'une sensation de libération surprenante, parfois même d'une émotion qui monte. Ce n'est pas systématique, mais c'est suffisamment fréquent pour mériter d'être mentionné : quand la mâchoire se détend enfin, ce qu'elle retenait trouve parfois un chemin pour s'exprimer.

L'hypnose peut aider à plusieurs niveaux. D'abord, en induisant un relâchement profond du système nerveux qui permet aux muscles masséters de se détendre réellement — pas juste en surface. Ensuite, en travaillant avec les représentations intérieures liées à la tension : qu'est-ce que vous retenez ? Qu'est-ce que vous auriez besoin de dire, ou de lâcher ? Enfin, en installant de nouvelles associations — un signal de détente à la mâchoire au moment du coucher, par exemple, pour interrompre la boucle du bruxisme nocturne.

Cela se combine bien avec un travail d'exploration de la symbolique des maux du corps qui permet de relier la tension à sa dimension émotionnelle plus large, et d'engager un dialogue intérieur plus conscient avec les parties du corps qui portent la charge.

Exercice : desserrer la mâchoire consciemment

Voici une pratique simple que vous pouvez faire plusieurs fois par jour — elle prend moins de deux minutes et peut faire une différence notable sur la tension accumulée dans la zone de la mâchoire et des tempes.

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Questions fréquentes

Le bruxisme est-il toujours lié à des émotions refoulées ?
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Non, pas uniquement. Le bruxisme peut avoir plusieurs causes : stress et anxiété généralisée, troubles du sommeil, certains médicaments, facteurs posturaux ou occlusaux. La dimension émotionnelle est souvent présente, mais elle n'est pas toujours la seule explication. L'intérêt de l'approche intégrative est d'explorer toutes ces dimensions ensemble, sans hiérarchiser prématurément les causes.

Est-ce que la gouttière dentaire suffit pour traiter le bruxisme ?
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La gouttière protège les dents de l'usure — c'est précieux et elle est souvent recommandée par les dentistes pour cette raison. Mais elle ne s'attaque pas à la cause du bruxisme, qui est une tension du système nerveux. Pour traiter la source, des approches complémentaires comme la gestion du stress, l'hypnose, la kinésithérapie ou la relaxation sont plus efficaces sur le fond. Les deux approches se combinent bien.

Peut-on apprendre à ne plus serrer les dents la nuit ?
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Oui, avec de la régularité et les bons outils. L'hypnose est particulièrement efficace ici car elle peut agir pendant le sommeil lui-même — en installant un signal de relâchement automatique de la mâchoire quand le corps entre dans les phases de sommeil. Un rituel du soir qui inclut un relâchement conscient de la mâchoire, combiné à des séances régulières de régulation du système nerveux, peut significativement réduire la fréquence et l'intensité du bruxisme nocturne.